>Des discussions improbables


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C’est la quatrième fois que je viens à Rome. Yan Thomas est décédé à Paris, à cause de sa déjà longue maladie cardiaque. Cette mauvaise nouvelle nous à pris par surprise pendant le matin du jeudi dernier, 11 septembre. Yan Thomas était décédé la veille. D’une certaine manière, on en a pressentie le fait dès notre arrivée à l’université Roma Tre. Bizarrement, Emanuele Conte n’étais pas ponctuel dans la salle de conférences. Non plus les autres professeurs (et ses plus proches amis) : Paolo Napoli, Jacques Chiffoleau, Marie-Angèle Hermitte ni Reiner Kiesow. On a juste trouvé Wim Decock, notre collègue belge. Le subconscient nous a alerté y une demie heure plus tard, la terrible nouvelle était confirmée par Emanuele Conte en personne, à qui je n’aurais jamais imaginé écouter d’une voix tremblante.

Yan Thomas nous a quitté. Personne n’aurait jamais songé. On a tous supposé que, comme dans les dernières quatre opérations dans le délais de trois mois, il se remettrais rapidement et toute suite il retournais au boulot. À peu près cela était l’histoire de ses convalescences. La première réaction, logique, était de proposer l’abréviation du programme de travail de l’école d’été. Après, mieux réfléchissant, on a tous était d’accord en lui faire un hommage en travaillant, puisque sa vie était cela : le travail.

Yan Thomas était un grand écrivain français. Ses travaux on était connus ailleurs la France. Sa vie était l’académie, le travail. Il était une impressionnante source de sagesse et d’énergie. Dans le moments les plus délicats pour sa santé il ne pouvait s’empêcher de partir pour son bureau, dans le boulevard Raspail.

On a tous perdu un homme sage, gai et sur tout, généreux. Un homme que, dans l’effort, ne connaissait des limites. Il n’exigeait des autres ces vides frivolités par lesquelles le monde de l’académie raffole et dans lesquelles perd tant de temps : simple, direct, agil, Yan Thomas était un homme de la Renaissance. De tout était curieux et tout l’intéressait.

Pour le commémorer, un de ses derniers élèves, Pierre Thévenin, a écrit un texte bref qui le décrit assez bien. Ce texte a été lu pendant la cérémonie de sa crémation au cimetière du Père Lachaise à Paris, le jourd’hui, 15 septembre 2008 :

A Rome, près de la basilique San Paolo, un fonctionnaire fraîchement débarqué de l’armée de Taïwan présente ce matin à un anthropologue écossais une étude de la personnalité juridique en droit français. Pour un philologue de Tübingen, un danseur argentin détaille les mécanismes de la persécution du hussisme dans la Bohème du bas Moyen Âge. Un rêveur français s’escrime à convaincre un économiste estonien de lire Kant à travers les gloses bolonaises au droit byzantin.

Jamais ces jeunes gens ne seraient tombés dans d’aussi improbables discussions sans l’obstination baroque de leur maître Yan Thomas.

Celui-ci trouvait bien son plaisir à les y soumettre à toutes les gammes canoniques de torture. Il le redoublait même en clamant avec la plus consternante mauvaise foi que c’était là son devoir de professeur. Mais il avait aussi pour orchestrer ces séances lancé toutes ses forces dans le projet peut-être le plus fou et le plus compliqué de l’histoire de l’administration européenne. En forçant avec ses collaborateurs une poignée d’institutions nationales de recherche à construire un doctorat commun, il aura distribué une volée de migraines à la moitié de l’Europe. C’est peut-être qu’il entendait enfin plier à son bon vouloir ces techniques juridiques dont il avait passé le plus clair de sa vie à méditer la nature.

Il fallait bien consentir ces efforts pour que puissent se tenir à Rome les discussions de ce matin. Il le fallait pour qu’y trouvent un lieu des tentatives si exigeantes de conflagration des éruditions et de provocation réciproque des savoirs, des pays, des langues et des temps.

Yan Thomas excellait à ouvrir des atmosphères de pensée singulières, et à y projeter ses étudiants à leur corps défendant. Il entourait chacun de ceux qu’il appelait cher ami d’une attention si entière et si rare qu’on avait fini, lui le juriste de la filiation, par le baptiser papa Yan. Certains peinaient peut-être à lui passer ses humeurs féroces ou ses appels compulsifs à l’excellence. Mais peu oublieront sa façon si unique et au fond si généreuse de partager le plaisir et d’inspirer la passion des trouvailles de pensée.

Sa disparition soudaine, au moment même où commençait la seconde cession de ces rencontres auxquelles il accordait tant de prix, laisse pour nous un vide cruel. Elle fait aussi sauter soudainement à nos yeux combien son esprit imprègne encore leur formule. Des livres, des hommages viendront lui faire honneur de Buenos Aires à Taïpei. L’essentiel est qu’il demeure bien ce matin à Rome au travail.

Les boursiers Marie Curie du doctorat européen sont : Stefanie Günthner (Allemagne), Sebastián Provvidente (Argentine), Wim Decock (Belgique), Eliardo Teles (Brésil), Rodrigo Míguez (Chili), Hent Kalmo (Estonie), Juss Saalilla (Finlande), Charles de Froment, Marianne Saracco, Pierre Thevenin (France), Silvia Falconieri, Francesca Ferrari, Stefania Gialdroni (Italie), Pablo Avilés Flores (Mexique), Florian Schmidt-Gabain (Suisse), Tzung-Mou Wu (Taiwan), Magda Schusterova (République Tchèque).

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