Les tortillas sont pour les mexicains ce que la baguette est pour les français


“Sin maíz no hay país”, une analyse macroéconomique

Siul Miranda, étudiant Amérique latine

a- La production : localisation des ressources

La production mondiale de maïs approche les 800 millions de tonnes (mt) par an, soit le quart de la production céréalière totale. Cette céréale est devenue un produit de base important dans les échanges internationaux.

Dans le cas spécifique du Mexique, le maïs est de loin la culture agricole la plus importante puisqu’il est étroitement lié à la vie alimentaire, industrielle, politique et sociale du pays. Il représente 65% de la production totale de céréales (voir graphique ci-dessus) et donc il n’est pas difficile d’imaginer qu’il occupe la plus grande partie des terres cultivables. En effet, cette céréale est un aliment de base au Mexique où 25 variétés de maïs sont reconnues. Le maïs s’adapte à des conditions climatiques très variées car sa culture s’effectue autant dans les terres bien irriguées que dans des conditions semi-arides, et son cycle de croissance peut s’étendre sur 3 à 12 mois.

Au Mexique, la production de ce grain a deux variétés : le maïs blanc et le maïs jaune. La première variété est destinée à la consommation humaine et de ce fait, sa production est autosuffisante par rapport à la demande de la population. Pendant que le maïs jaune est destiné au fourrage pour le bétail et à l’industrie de l’amidon et céréales.

Aujourd’hui le maïs occupe la plus grande partie des terres cultivables et assure la survie d’une partie non négligeable de la population totale du pays. La production mexicaine de maïs blanc représente, en volume et en valeur marchande, 63 % et 66 % respectivement des récoltes agricoles totales et elle accapare 65 %[1] de toute la superficie cultivée. Entre 2,5 et 3 millions de producteurs sont directement engagés dans la production de maïs blanc. En se basant sur la taille moyenne des familles rurales, l’INEGI (l’institut national de statistiques et de géographie) estime que près de 18 millions de personnes dépendent de cette culture pour subvenir à leurs besoins.

Nous avons remarqué que la production nationale de maïs provient pour sa majorité de cinq États : Estado de México, Sianaloa, Jalisco, Chiapas et Michoacán qui avec les États de Veracruz, Puebla et Guerrero, fournissent presque 70 % du maïs produit au Mexique. Ce qui montre que le maïs tire sa production des régions du centre, de l’ouest et de la partie sud du pays, sachant que le Chiapas est la zone la plus pauvre et la plus conflictuel.

Mais le marché du maïs au Mexique est déficitaire, c’est-à-dire que la production n’est pas suffisante  pour satisfaire la demande nationale. D’après le graphique suivant, pendant la période 1999 – 2006, le Centre d’études et de finances publiques de la Chambre de Représentants calcule que la production annuelle du maïs a été en moyenne de 19,74 millions de tonnes, et cela inclut le maïs blanc, jaune et des autres variétés. Néanmoins, la consommation annuelle mexicaine atteint les 26 millions de tonnes, ce qui signifie un déficit dans la production locale et une importation du maïs, notamment du marché américain, et donc une dépendance alimentaire.

Seulement pour faire le point, en 2006 la production a augmenté à 21,32 mt, pendant que la demande était de 26,6 mt. Cela se traduit par une stagnation  des importations de maïs à 5 mt par an[2].

b- La concurrence : les cartels

Une des caractéristiques de la production du maïs au Mexique est le bas niveau de productivité et de rentabilité qui existent chez le producteur. Depuis l’entrée de l’ALENA, l’Etat mexicain a décidé de retirer certaines mesures tels que la régulation du marché par le biais de CONASUPO au même temps qu’il est apparu une manque de crédits et de soutiens visant à encourager la production agricole en général. Cette ouverture du marché a provoqué l’appauvrissement des conditions de vie des agriculteurs notamment  étranglés par l’importation de produits agricoles américains vendus à des prix qu’ils ne peuvent égaler.

Le maïs s’utilise dans l’élaboration de plus de 4 mil produits (de l’amidon, du fructose, d’huile, du chocolat, des biocarburants, de fourrage, etc.). Au Mexique, les cinq « grands leaders » qui contrôlent le réseau de la production et de la distribution du maïs sont : Maseca et Minsa (entreprises d’origine mexicain), Cargill, Arancia Corn Products International (Arancia), et Archer Daniels Midland (ADM), d’origine américain. Ces cartels représentent la seule option pour l’achat de la récolte des producteurs. Il faut ajouter que Maseca appartient au Partido de Acción Nacional, qui est l’un des plus grands partis politiques du Mexique et le chouchou des entreprises américaines. La deuxième, Minsa, ne représente que moins d’un tiers de la production nationale. De plus, des géants tels Cargill et ADM contrôlent 81% des exportations de maïs aux États-Unis[3] et sont subventionnés en milliards de dollars principalement sous forme de crédits à l’exportation et de programmes d’aide alimentaire ce qui provoque le déplacement des paysans au Mexique.

Selon l’Institute for Agriculture and Trade Policy, à Minneapolis, en 2002, le boisseau de maïs coûtait 3,41 $ à produire aux États-Unis et était vendu 2,28 $ sur le marché international. Le même boisseau coûtait au paysan mexicain 40 % plus cher à produire qu’au producteur américain puisque, grâce aux technologies de culture intensive, l’hectare de terre américain donne huit tonnes de maïs contre 1,8 pour l’hectare mexicain[4].

c- Les canaux de distribution de l´industrie du maïs.

Les ventes des sacs de semoule de maïs sont canalisées à deux types de marchés : les centres urbains et les zones rurales.

Les ventes aux consommateurs de zones urbaines se font soit à travers des chaînes de supermarchés qui utilisent leurs propres canaux de distribution, soit par des intermédiaires qui vendent le produit chez de petits commerçants qui se trouvent tout au long du pays.

En ce qui concerne les ventes chez les ruraux, elles sont effectuées par le biais du programme d’approvisionnement social du gouvernement mexicain à travers les boutiques DICONSA, qui constituent un réseau de proximité fournissant des produits alimentaires de base à bas prix.

Le côté macabre de l’ALENA c’est que les entreprises américaines ont complètement pris le marché du maïs au Mexique. La particularité de Cargill, par exemple, est qu’elle contrôle les moulins partout dans le pays par des stratégies d’acquisition, d’achat et de partenariats. Le fait qu’elle soit l’entreprise leader des produits agricoles et son poids au sein des centres financiers lui permet de s’accaparer le marché de nixtamalisation (procédé méso-américain pour la fabrication de tortillas), qui dans la consommation représente le marché plus fort. N’oublions pas que les tortillas sont pour les mexicains ce que la baguette est pour les français. Le français ne peut pas vivre sans blé et le mexicain ne peut pas le faire sans maïs.

Dans le diagramme ci-dessus nous expliquons à grosso modo le circuit de distribution   du maïs en partant de son processus d’industrialisation et son acheminement jusqu’au consommateur final.

CIRCUIT DE DISTRIBUTION DU MAÏS[5]

d- Les syndicats

« Quand nous défendons le maïs, nous défendons notre culture, notre héritage, notre patrimoine. Nul pays n’accepterait de soumettre au libre commerce son aliment de base. Du futur du maïs dépend celui du Mexique », résume Cristina Barros lors du Forum social mondial en janvier 2008 à Mexico[6]. Elle est membre active de l’organisation Sin Maíz no hay País, docteure et chercheuse en affaires culturelles,

Grâce à son importance exceptionnelle à l’échelle mondiale et sur le plan national, il est évident que la production de ce grain est un des sous-secteurs le plus sensibles de l’agriculture mexicaine. De plus, il est considéré comme faisant partie du patrimoine national. Le changement de l’appareil productif au Mexique avec l’insertion du pays dans le système commercial global, notamment avec les négociations de l’ALENA, et la diminution du rôle de l’Etat créent des conditions défavorables pour le secteur agricole en générale et pour la production de maïs en particulier. De ce fait, le maïs est devenu un objet de lutte, entre revendications identitaires, socioéconomiques, activisme environnemental et défense de la souveraineté alimentaire. De lors, plusieurs organisations nationales et internationales se sont engagées afin d’éviter l’accaparement du maïs par les grandes etnreprises transnationales : e.g. Greenpeace et sa lutte contre les importations du maïs transgénique ; Sin Maíz no hay País qui défend notamment un mode de vie paysan digne et qui lutte pour la préservation du patrimoine territoriale.

En effet, l’insertion de ce grain de base dans des négociations dans le cadre de l’ALENA ont fortement menacé l’existence de milliers de producteurs traditionnels car l’expérience nous a montré que la création d’un mode de production capitaliste suscite la suppression du modèle de production à petit échelle que, dans le cas du Mexique, ne peut pas faire face à la concurrence des grands producteurs américains, à savoir : Cargill, ADM et Arancia.

Du maïs génétiquement modifié qui s’infiltre peu à peu au Mexique ; l’emploi massif de fertilisants qui accélèrent l’érosion des sols ; des terres abandonnées par les paysans reprises par des multinationales… tous ces facteurs-là entrainent une série de manifestations qui ont pour but la sauvegarde de la souveraineté alimentaire et le combat pour la défense de la diversité culturelle.



SOURCES 

[1] Sistema de información Agropecuaria de Consulta (SIACON-SIAP). Donnés selon la période 1996-2006

[2] Importations de maïs  entre 1999 et 2006, d’après le Centre d’études et de finances publiques de la Chambre de Représentants : 5,496 mt en 1999; 5,320 mt en 2000, 2,789 mt en 2001; 4,817 mt en 2002;5,699 mt en 2003;5,483 mt en 2004; 5,707 mt 2005; 4,991 mt en 2006.

[3] E. Starmer et M. D. Anderson, « Agribusinesses Consolidate Power », Mai 6 2008, http://www.worldwatch.org/node/5468, accédé le 28 octobre 2010.

[4] André Maltais, « Du maïs US pour le Mexique : vive l’ALENA ! », Le grand soir, Juillet 2 2003

[5] Source: INEGI, Encuesta Industrial Mensual y SIAP, Sistema de Información Agropecuaria de Consulta, 2003.

[6] Émilie Russo, “La souveraineté alimentaire au Mexique : Sin maíz no hay país”, Alternatives, Juillet 4, 2008

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